Commémoration
- Publié le 12 novembre 2020

Commémoration du 11 novembre

Vignette

En comité très restreint - comptant néanmoins la présence d’un porte-drapeau féminin - le 5e arrondissement de Lyon a commémoré l’armistice de la Première Guerre mondiale devant le monument aux morts du parc de la mairie.

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Cette cérémonie a eu lieu en présence de :

  • Nadine GEORGEL, Maire du 5e, déposant une gerbe au nom de la mairie
  • Bénédicte DRAILLARD, Adjointe à la Maire chargée de la Mémoire
  • Elisabeth ROMANG-BARGE, Commandant du commissariat de Police nationale du 5e
  • Juliette MOUSSIER, jeune porte-drapeau de la FNA
  • Laurence BUFFLIER, conseillère d’arrondissement, représentant Thomas RUDIGOZ, député de la 1ère circonscription du Rhône, et déposant une gerbe en son nom
  • Jean-Dominique DURAND, conseiller d’arrondissement

 

Se souvenir pour renforcer la Paix

Cette année est particulière. En ce 11 novembre 2020, malgré la crise sanitaire qui nous frappe, nous avons fait le choix de maintenir dans notre arrondissement une commémoration même restreinte de l’armistice de 1918, de la victoire et de la Paix, ainsi que l’hommage à tous les morts pour la France.

Nous le devons aux millions de morts de la Première Guerre mondiale, dont 10 600 Lyonnais.

Nous le devons aussi pour saluer le centenaire du transfert de la dépouille du Soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe à Paris, le 11 novembre 1920. Un soldat parmi tous les combattants des Flandres, de l’Artois, de la Somme, du Chemin-des-Dames, de Verdun, de la Meuse… Un parmi des milliers qui est devenu le Soldat inconnu.

Commémorer, c’est aussi regarder le conflit droit dans les yeux et dénoncer les atrocités commises, pour ne jamais les reproduire. Le Soldat inconnu représente la totalité des victimes militaires, y compris les 639 soldats français qui furent « fusillés pour l’exemple », au terme de conseils de guerre des plus arbitraires, pour avoir refusé de prendre part aux combats, parce qu’ils étaient parvenus aux limites de leur endurance physique et morale face à un tel massacre.

En ce 11 novembre, nous nous souvenons d’un conflit qui a laissé sur certains territoires du Nord et de l’Est de la France des cicatrices encore bien visibles, comme autant de rappels. Ce que nous célébrons aujourd’hui c’est la paix, toujours fragile. Cette paix n’est pas qu’un symbole mais doit être un but permanent. C’est le fruit du partage et de la coopération, plutôt que du repli sur soi et de la compétition.

Parce que nous chérissons cette paix, il est plus que jamais de notre responsabilité de développer une mémoire ouverte, pas uniquement une mémoire des conflits. Cette mémoire vit dans chacune de nos communes, dans chacun de nos monuments aux morts, comme celui de notre Parc de la Mairie. Elle vit également dans l’ensemble de notre 5e arrondissement.

 

Première Guerre mondiale : quand les femmes se lèvent

Notre arrondissement a été touché par la mobilisation des militaires bien sûr, futurs poilus entassés dans les tranchées, mais aussi par la mobilisation de ceux et surtout celles qui ont soutenu l’effort de guerre, dans les usines et les champs. Des femmes engagées dans le conflit, devenues des symboles d’une dynamique nouvelle.

Si le mouvement féministe était évidemment antérieur, la Première Guerre mondiale a fait massivement sortir les femmes de leur foyer : « partout où l’homme se bat, partout où l’homme souffre, partout où l’homme travaille, partout où son absence réclame une présence, la femme se lève dans l’ombre du guerrier » (Marthe Dupy).

Hors des frontières françaises, les revendications féministes se sont également fait entendre durant la Première Guerre mondiale. Dans les pays anglo-saxons, les mouvements de Suffragettes ont permis l’obtention progressive du droit de vote pour les femmes. Il est important de rendre aussi hommage à ces combattantes-là.

 

Lyon 5e, sur le front de la reconstruction des « gueules cassées »

Enfin, notre arrondissement, comme toute la Ville de Lyon, a été à la pointe d’un front nouveau, celui de le la reconstruction des corps. Face aux terribles blessures corporelles et faciales des « gueules cassées », les Hospices civils de Lyon ont mis en place dès 1914 un service dédié.

L’hôpital auxiliaire situé 25 chemin de Tourvielle au Point-du-Jour (actuellement le site du lycée Edouard Branly), devenu le centre de Tourvielle, a aidé des centaines d’hommes amputés à retrouver une certaine mobilité et une dignité.

L’une des deux premières écoles françaises des blessés militaires, l’école Foch, chemin de Tourvielle, a accueilli dès le 14 mai 1915, des élèves cordonniers, horticulteurs, menuisiers. Le président fondateur n’est autre que le maire de Lyon, Edouard Herriot, accompagné au sein du conseil d’administration d’industriels à l’instar de Joseph Gillet, des frères Lumière, de Jean Coignet, président de la chambre de commerce et des hommes de médecine : le doyen faculté de médecine Hugounenq, les docteurs Nové-Josserand, Pont et Sollier.

Le Docteur Albéric Pont, dont une rue de notre arrondissement porte justement son nom, fut également un des pionniers de la chirurgie maxillo-faciale dans son centre de Vaise, et près de 7 000 poilus lui doivent d'avoir retrouvé un visage. Il avait notamment mis au point une pâte spéciale pour confectionner des prothèses de nez et d'oreilles à partir de moulages.

 

Maurice Genevoix au Panthéon

À mesure que les années passent, la mémoire de la Première Guerre mondiale s’effrite. Elle est pourtant plus que jamais essentielle. Les États entrent facilement en guerre, mais il est plus difficile d’en sortir.

Cette mémoire, elle vit aussi à travers des auteurs, qui ont laissé des écrits indispensables. Elle vit notamment dans l’œuvre de Maurice Genevoix, soldat et écrivain, qui entre aujourd’hui au Panthéon sur la volonté du Président de la République.

« As-tu jamais songé aux autres morts, ceux que nous n'avons pas connus, tous les morts de tous les régiments ? Le nôtre, rien que le nôtre, en a semé des centaines sur ses pas. Partout où nous passions, les petites croix se levaient derrière nous, les deux branches avec le képi rouge accroché. Nous ne savions même pas combien nous en laissions : nous marchions... Et dans le même temps d'autres régiments marchaient, des centaines de régiments dont chacun laissait derrière lui des centaines et des centaines de morts. Conçois-tu cela ? Cette multitude ? On n'ose même pas imaginer... Et il y a encore tous ceux que les guimbardes ont cahotés par les routes, saignant sur leur litière de paille, ceux que les fourgons à croix rouge ont emmenés sur toutes les villes de France, les morts des ambulances et les morts des hôpitaux? Encore des croix, des foules de croix serrées à l'alignement dans l'enclos des cimetières militaires. […] Peut-être ces malheureux seront-ils très vite oubliés... Tais-toi, écoute : ils seront les morts du début, ceux de 14. Il y en aura tellement d'autres ! Et sur ces entassements de morts, on ne verra que les derniers tombés, pas les squelettes qui seront dessous... Qui sait, même ? Puisque la guerre, décidément, s'accroche au monde comme un chancre, qui sait si ne viendra pas un temps où le monde aura pris l'habitude de continuer à vivre avec cette saleté sur lui ? Les choses iraient leur train, comprends-tu, la guerre étant là, tolérée, acceptée. Et ce serait le train normal des choses que les hommes jeunes fussent condamnés à mort. »

Maurice Genevoix, Ceux de 14, 1949.

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